DAKAR – Khadim Bamba Fall, coordonnateur des Bureaux d’Accueil, d’Orientation et de Suivi des Sénégalais de l’Extérieur (BAOS) et membre du Pastef, a publié ce mardi une déclaration courageuse dans laquelle il condamne sans détour la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba tout en assumant la responsabilité du régime dont il fait partie. Une prise de position remarquée au sein de la mouvance présidentielle.
« Cette mort pouvait être évitée »
Dans un communiqué sans langue de bois, le responsable de Pastef a exprimé son indignation face au drame qui endeuille l’université sénégalaise. « Je dénonce, avec la dernière énergie, la mort du jeune étudiant Abdoulaye Bâ qui pouvait être évitée. Rien ne justifie cette violence policière au sein du campus social », a-t-il déclaré avec fermeté.
Khadim Bamba Fall ne s’est pas contenté de condamner ce décès isolé. Il a élargi son propos en réclamant « justice pour le défunt, ainsi que pour les 83 martyrs entre 2021 et 2024 », faisant référence aux jeunes tués lors des manifestations politiques qui ont précédé l’arrivée au pouvoir du régime actuel.
Une autocritique rare au sein du camp présidentiel
Ce qui frappe dans cette déclaration, c’est l’acceptation explicite de responsabilité. « J’endosse la pleine responsabilité des actes posés par ce régime », affirme-t-il, une posture peu commune chez les responsables de la mouvance au pouvoir, généralement prompts à se défausser ou à minimiser les dysfonctionnements.
Le coordonnateur des BAOS justifie cette autocritique par une philosophie de gouvernance basée sur la lucidité : « Car pour avancer, il faut affronter la réalité, accepter les impairs et y rémedier rapidement, en luttant contre les pratiques malsaines et anti-patriotiques ».
« L’impunité donne un blanc-seing aux assassins »
Khadim Bamba Fall n’hésite pas à pointer du doigt le climat d’impunité qui, selon lui, encourage les violences policières. « L’impunité donne un blanc-seing aux assassins », martèle-t-il, réclamant implicitement que des sanctions soient prises contre les responsables de la mort d’Abdoulaye Ba et des autres victimes de violences sécuritaires.
Cette position tranche avec le discours dominant au sein du Pastef, où beaucoup de militants défendent systématiquement les actions gouvernementales face aux critiques de l’opposition.
Appel à des solutions durables
Au-delà de la condamnation, le responsable pastéfien a lancé un appel solennel au gouvernement : « J’invite le gouvernement à trouver une solution définitive et durable aux crises universitaires répétitives ».
Cette invitation sous-entend que les tensions à l’UCAD ne constituent pas un problème ponctuel mais le symptôme d’un dysfonctionnement structurel nécessitant des réformes profondes plutôt que des réponses conjoncturelles ou répressives.
Loyauté réaffirmée malgré les critiques
Malgré la sévérité de ses critiques, Khadim Bamba Fall a tenu à réaffirmer son engagement politique : « Je réitère mon engagement ardent derrière le Président Ousmane SONKO et le Pastef ».
Cette précision finale vise vraisemblablement à dissiper toute ambiguïté : sa prise de parole ne relève pas d’une dissidence mais d’une volonté de contribuer à l’amélioration de l’action gouvernementale de l’intérieur.
Cette déclaration atypique d’un cadre du parti au pouvoir illustre les tensions internes que suscite la gestion de la crise universitaire, y compris au sein de la mouvance présidentielle elle-même.





