Face à la condamnation des 18 supporters sénégalais au Maroc, l’ancien ministre et leader de la Convergence Libérale Patriotique (CLP), Serigne Mbacke Ndiaye, propose une solution inédite : recourir à la diplomatie religieuse impliquant les familles de Seydi El Hadj Malick Sy et Baye Niass. Une approche qui mise sur les liens spirituels profonds entre les deux royaumes.
Une analyse sans complaisance
Dans une tribune rendue publique, Serigne Mbacke Ndiaye se démarque des réactions émotionnelles qui ont suivi le verdict marocain. « Je ne fais ni dans la lamentation ni dans les accusations fondées ou pas formulées contre la fédération ou l’État central ; je suis dans la recherche de solution », affirme-t-il d’emblée.
Pour l’ancien ministre, il faut d’abord bien comprendre les enjeux côté marocain avant de proposer des pistes de sortie de crise.
Les erreurs diplomatiques pointées du doigt
L’absence de visite au Roi du Maroc
Serigne Mbacke Ndiaye identifie une première erreur stratégique : « Il est de tradition que tout président sénégalais élu rende visite au roi du Maroc pour raffermir les liens fraternels entre les deux pays. Pour cette fois, avec l’avènement du président Diomaye, ce n’est pas le cas. Le Chef de l’État a fait le tour du monde sans aller voir Sa Majesté le Roi du Maroc dont le poids et l’influence en Afrique et dans le Monde ne sont plus à démontrer. »
Cette absence de visite protocolaire aurait créé un froid diplomatique. Selon lui, « en temps normal, un seul coup de fil aurait réglé le problème », suggérant que les canaux de communication privilégiés ne sont plus opérationnels.
La sortie malheureuse du président de la FSF
L’ancien ministre déplore également « la sortie malheureuse du président de la fédération Sénégalaise de football qui a jeté de l’huile sur le feu ». Cette déclaration serait intervenue au moment où lui-même et « mon ami le Professeur Fekkak, Président du MDM (Marocains Du Monde) » travaillaient sur un rapprochement.
« Nous envisagions une rencontre de haut niveau sanctionnée par un communiqué conjoint. Malheureuse », regrette-t-il, laissant sa phrase en suspens comme pour marquer sa déception.
Le contexte marocain expliqué
Le tremblement de terre et le Mouvement Z
Serigne Mbacke Ndiaye rappelle un élément crucial pour comprendre la psychologie marocaine : « Il y a un peu plus de deux ans, un tremblement de terre avait frappé une partie du pays et la jeunesse considérait que la priorité n’était pas l’organisation de la Coupe d’Afrique mais la reconstruction des habitations détruites. »
Cette contestation avait donné naissance au Mouvement Z, avec des manifestations de rue souvent violentes. « Finalement les populations incapables de changer le cours des événements avaient décidé d’attendre le Gouvernement au résultat qui a été décevant avec cette défaite en finale », analyse-t-il.
Les ambitions politiques déçues
L’ancien ministre révèle un aspect méconnu : « Une victoire du Maroc aurait ouvert au Président de la Fédération royale marocaine les portes de la Primature. Malheureusement, cette défaite, en terre marocaine, malgré l’appui de la CAF, a fortement compromis ses chances de devenir Premier Ministre. »
Cette analyse éclaire d’un jour nouveau la sévérité du verdict marocain : il ne s’agirait pas seulement de sanctionner des supporters indisciplinés, mais aussi d’une forme de défouloir face à une frustration sportive et politique.
La solution préconisée : la diplomatie religieuse
Une délégation des familles religieuses
Face à cette situation complexe, Serigne Mbacke Ndiaye propose une approche originale : « Maintenant que faire car il faut sortir nos compatriotes des prisons marocaines. À mon humble avis, il faut mettre à contribution la diplomatie religieuse. »
Sa proposition concrète : « Il faudrait qu’une délégation religieuse dirigée par la famille de Seydi El Hadj Malick Sy comprenant également la famille de Baye Niass soit mandatée par le Chef de l’État. »
Un choix motivé par l’histoire
Ce choix n’est pas fortuit, explique-t-il : « Quand le vénéré Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh nous a quittés, au Maroc, les drapeaux avaient été mis en berne et ce n’est pas le seul acte posé par le royaume chérifien pour montrer son attachement à Tivaouane. »
Cette référence illustre la profondeur des liens spirituels entre le Maroc et les grandes familles religieuses sénégalaises, particulièrement la Tidjaniya dont Tivaouane et Kaolack sont des hauts lieux au Sénégal, et qui compte de nombreux adeptes au Maroc.
Une approche pragmatique
Démarches déjà entreprises
L’ancien ministre révèle avoir déjà tenté des initiatives : « Personnellement, j’avais entrepris de telles démarches », sans toutefois préciser l’état d’avancement de ces efforts.
Un appel au Président
Il conclut par un appel direct au Chef de l’État : « Alors Monsieur le Président de la République, exploitez cette piste même si vous en avez certainement d’autres. Humblement. »
Ce ton respectueux contraste avec les critiques parfois virulentes entendues ces derniers jours, témoignant d’une volonté de rassemblement autour d’un objectif commun : la libération des supporters.
Les atouts de la diplomatie religieuse
Des canaux éprouvés
L’approche proposée par Serigne Mbacke Ndiaye présente plusieurs avantages :
Historicité : Les liens entre les confréries sénégalaises et le Maroc sont anciens et profonds, remontant parfois à plusieurs siècles.
Neutralité : Une délégation religieuse serait perçue comme au-dessus des querelles politiques et diplomatiques.
Légitimité : Les familles religieuses jouissent d’un immense respect au Maroc, pays qui se définit comme « Commandeur des Croyants ».
Efficacité : Les canaux religieux fonctionnent souvent plus rapidement que les circuits diplomatiques officiels.
Les défis à surmonter
L’urgence du temps
Avec des condamnations allant de 3 mois à 1 an ferme, le temps presse. Toute initiative diplomatique doit être rapidement mise en œuvre pour éviter que les supporters ne purgent l’intégralité de leurs peines.
La coordination nécessaire
Pour que cette approche fonctionne, il faudrait :
- L’accord du Président Diomaye
- L’engagement des familles religieuses concernées
- Des contacts préalables avec les autorités marocaines
- Une stratégie de communication bien pensée
Le risque d’échec
Si cette démarche religieuse échouait, elle pourrait être interprétée comme un aveu de faiblesse de l’État sénégalais, incapable de résoudre par les canaux diplomatiques classiques un problème impliquant ses citoyens.
Une contribution au débat
Au-delà de son acceptation ou non par les autorités, la tribune de Serigne Mbacke Ndiaye a le mérite de :
- Proposer une solution concrète plutôt que de simplement critiquer
- S’appuyer sur une analyse des enjeux côté marocain
- Exploiter une ressource spécifiquement sénégalaise : son capital religieux
- Ouvrir le débat sur les moyens non conventionnels de résoudre les crises diplomatiques
Cette proposition de recourir à la diplomatie religieuse témoigne de la créativité dont fait preuve la classe politique sénégalaise face à une crise qui dépasse le simple cadre sportif. Reste à savoir si le Président Diomaye Faye saisira cette perche tendue par un ancien ministre d’un régime qu’il a combattu, mais dont l’expérience et les réseaux pourraient s’avérer précieux dans cette épreuve.
Le temps presse, et toutes les pistes méritent d’être explorées pour ramener les 18 supporters sénégalais dans leur pays.





