Dans cette tribune interpellante, Alioune Aw pose une équation glaçante : pendant que le Sénégal pleure l’étudiant Abdoulaye Ba et exige justice pour les violences à l’UCAD, une autre menace mortelle — la transmission volontaire du VIH — exige une vigilance tout aussi impérieuse. Refusant la hiérarchisation des urgences sanitaires selon l’émotion médiatique, l’auteur rappelle que gouverner, c’est protéger sur tous les fronts simultanément. Entre drame universitaire et alerte sanitaire, il appelle à une mobilisation générale pour que la jeunesse sénégalaise puisse vivre sans être exposée à des dangers mortels, qu’ils soient immédiats ou durables.
Le Sénégal est en deuil.
À l’Université, symbole du savoir et de l’avenir, un étudiant a perdu la vie. D’autres ont été grièvement blessés. Ce drame a profondément choqué la Nation. Il engage la responsabilité de l’État sur la sécurité des espaces académiques et la protection d’une jeunesse déjà fragilisée.
L’émotion est légitime. L’exigence de vérité et de justice, l’est tout autant.
Mais précisément parce que la Nation est en alerte, aucune autre menace grave contre la vie ne doit être reléguée au silence.
Dans le même temps, une affaire distincte, désormais judiciarisée, fait état de rapports sexuels non protégés, impliquant des personnes se déclarant séropositives, avec des intentions de transmission du VIH, selon les éléments versés à l’enquête.
Les accusés sont placés sous mandat de dépôt. Pour autant, la question posée ici ne se limite pas au sort judiciaire des mis en cause.
Le drame universitaire frappe par sa violence immédiate.
La menace sanitaire, elle, agit dans la durée, souvent sans bruit, mais avec des conséquences profondes et irréversibles.
Le VIH demeure une maladie chronique à vie. Chaque exposition évitable, signifie des soins prolongés, une pression accrue sur le système de santé et un affaiblissement des efforts nationaux de prévention.
L’État ne peut hiérarchiser la protection de la vie en fonction de l’émotion médiatique ou de l’intensité du choc.
Le placement sous mandat de dépôt est une réponse pénale nécessaire.
Mais il ne saurait constituer une réponse suffisante de santé publique.
La protection des populations exige, au-delà du judiciaire :
– un suivi médical et psychosocial rigoureux des personnes concernées, dans le respect strict des droits humains ;
– un renforcement des dispositifs de prévention ciblée, fondée sur la responsabilité ;
– une communication publique mesurée et claire, capable de protéger et d’alerter sans attiser.
Il faut le rappeler avec fermeté : la mise en danger volontaire d’autrui, lorsqu’elle est établie, ne peut être banalisée ni relativisée.
Reconnaître le drame universitaire, c’est exiger justice et changements structurels pour sécuriser l’espace académique.
Reconnaître l’alerte sanitaire, c’est refuser le déni, prévenir les risques et anticiper leurs conséquences.
Ces deux exigences procèdent d’un même devoir : protéger la vie.
Un État se juge à sa capacité à affronter plusieurs urgences sans en sacrifier aucune.
Honorer la mémoire d’un étudiant disparu, c’est aussi refuser que d’autres vies soient exposées au danger par silence, par complaisance ou par hésitation.
La transmission volontaire ou négligente du VIH n’est pas un risque abstrait : elle condamne à des traitements à vie, fragilise les familles, pèse sur le système de santé et brise des projets, des carrières et des vies.
Gouverner, aujourd’hui, c’est protéger sans délai — à l’Université comme dans l’ensemble de la société — pour que la jeunesse puisse vivre et se réaliser sans être exposée à ce fléau durable.
Les ONG, associations et structures spécialisées dans la lutte contre le VIH/SIDA ont un rôle crucial à jouer : accompagner les personnes concernées, renforcer la prévention et soutenir le système de santé dans cette période de vigilance accrue. La mobilisation de tous est essentielle pour protéger la jeunesse et prévenir de nouvelles tragédies.
ALIOUNE AW
Keur Massar Nord
E-mail : badou60@gmail.com.





