Dans une analyse sans détour, le journaliste et analyste politique Thierno Diop démonte la théorie d’une prétendue “stratégie” orchestrée par Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye. Pour lui, derrière ce récit simplificateur se cachent des réalités bien plus préoccupantes : fragilité institutionnelle, tensions économiques et erreurs politiques aux conséquences lourdes. Le Sénégal, dit-il, n’a pas besoin de dramaturgie, mais d’un cap clair et d’une gouvernance assumée.
SONKO–DIOMAYE : CE N’EST PAS UNE STRATÉGIE, C’EST DU BRUIT
Depuis quelques heures, une idée circule : le duo Sonko–Diomaye serait engagé dans une « dramaturgie politique », une brillante mise en scène destinée à préserver le charisme de l’un et la légitimité de l’autre.
Beau concept pour salle de classe. Mais dans la vraie vie politique, ce pays ne se gouverne pas avec des théories : il se gouverne avec des décisions. Et pendant qu’on fabrique des récits, le Sénégal s’enfonce.
Parce qu’en vérité, cette soi-disant “stratégie” masque trois réalités simples :
1. L’État s’est fragilisé. Un Premier ministre qui s’octroie un congé à durée inconnue en plein chaos budgétaire, un président qui laisse planer une ambiguïté dangereuse, une coalition sans pilote. Ce n’est pas du théâtre : c’est un vide institutionnel inédit.
2. L’économie vacille. Standard & Poor’s classe désormais le Sénégal en CCC+, catégorie « extrêmement vulnérable », proche du défaut. Le FMI annonce une réduction de 30 à 40 % des subventions à l’énergie : cela veut dire factures plus lourdes, transport plus cher, ménages étranglés.
Pendant qu’ils parlent de stratégie, les Sénégalais parlent de survie. 3. La “dette cachée” n’a jamais été démontrée. Aucun rapport, aucune preuve. Mais un seul résultat : la panique des marchés, la fuite des investisseurs, la défiance du FMI. Ce n’était pas une mise en scène.
C’était une faute politique. Alors oui, on peut toujours fantasmer un duo Machiavel–Richelieu. Oui, on peut appeler “tactique” ce qui n’est que confusion. Mais un État n’est pas une pièce de théâtre. Quand le Premier ministre s’absente, ce n’est pas un acte : c’est une désertion institutionnelle.
Quand le président hésite, ce n’est pas du génie : c’est un aveu de faiblesse. Le Sénégal n’a pas besoin de dramaturgie. Il a besoin de gouvernance. Pas de bruit, mais de cap. Tout le reste n’est pas de la stratégie. C’est du bruit.
Thierno Diop (Journaliste, analyste politique)





