Dans une tribune coup-de-poing, l’ingénieur statisticien Mamoudou BA dresse un réquisitoire implacable contre le régime issu du parti PASTEF. Intitulé « Jeunesse Flouée », le texte retrace l’effondrement juridique, économique et social d’un pouvoir qui, selon lui, a trahi la confiance d’une génération tout entière.
« Jeunesse Flouée » : Comment PASTEF a transformé l’espoir en impasse
Par Mamoudou BA – Ingénieur statisticien
« Vous êtes notre avenir », disaient-ils à la jeunesse. Deux ans plus tard, vous êtes chômeurs, désabusés, et plus endettés. Ce récit est le vôtre : celui d’une génération utilisée comme marchepied politique, puis abandonnée au chaos économique, juridique et social.
I. Chronique d’un naufrage juridique : trois camouflets en trois mois
L’année 2025 restera celle de l’humiliation juridique pour PASTEF. En trois mois, les plus hautes juridictions ont infligé trois désaveux cuisants à un pouvoir qui gouverne par improvisation tâtonnement.
🔹 23 avril 2025 : L’irrecevabilité de la loi interprétative adoptée le 2 avril par l’Assemblée nationale, la loi interprétative sur l’amnistie visait à « clarifier » les modalités d’application pour permettre des poursuites sélectives. Le 23 avril, le Conseil constitutionnel l’a déclarée « contraire à la Constitution », jugeant cette manœuvre politique incompatible avec les principes fondamentaux de la République.
🔹 2 juillet 2025 : Le rabat d’arrêt du Premier ministre rejeté dans l’affaire l’opposant à Mame Mbaye Niang, le Premier ministre Ousmane Sonko voit sa requête en rabat d’arrêt rejetée par la Cour suprême. Cette décision confirme définitivement sa condamnation pour diffamation, illustrant que même le chef du gouvernement n’échappe pas à la justice.
🔹 25 Juillet 2025 : Le règlement intérieur censuré
Le règlement intérieur de l’Assemblée nationale, adopté le 27 juin, a été partiellement retoqué par le Conseil constitutionnel qui a invalidé plusieurs articles, notamment celui permettant au Président de l’Assemblée de mobiliser l’armée pour contraindre des témoins.
👉 Trois décisions. Trois désaveus. Trois révélations d’un pouvoir qui cumule amateurisme juridique et dérive autoritaire.
II. L’effondrement économique : les chiffres de la débâcle
Pendant que les institutions se perdent en combats de procédure, l’économie réelle suffoque. La note de conjoncture du 1er trimestre 2025 confirme un effondrement structurel sans précédent.
➤ Une dette explosive, sans bénéfices visibles
• +10 207 milliards FCFA de dettes en deux ans
• Une dette qui culmine à 119% du PIB (RFI, juillet 2024)
• Aucune trace visible dans les hôpitaux, les écoles, les routes ou les emplois jeunes
« On s’endette au nom du peuple. Puis on oublie le peuple. »
III. Des statistiques qui accusent
📉 Une croissance en trompe-l’œil
• PIB en hausse de +8,1%, mais tirée uniquement par les hydrocarbures (+330,6%)
• Aucun emploi, aucun revenu pour les jeunes
• Le Sénégal produit du pétrole, mais ne redistribue pas la richesse
🔻 Le tertiaire s’effondre
• -19,8% de contraction du secteur tertiaire
• 56% du PIB touché : commerce, santé, tourisme, télécoms en chute libre
• 80% des ménages déclarent une baisse nette de niveau de vie
🌾 Le monde rural sacrifié Agriculture en crise, pêche artisanale effondrée :
• -40,8% à Saint-Louis
• -20% à Ziguinchor
• Exode rural silencieux, pauvreté endémique
IV. Secteur privé étranglé : l’État mauvais payeur , le constat est implacable :
• L’État ne paie plus ses fournisseurs
• BTP paralysé, PME en faillite massive
• Le crédit bancaire reste inaccessible, faute de garanties
• Près de 30.000 licenciements dans les secteurs fragiles depuis 2024. L’État contracte des dettes n’investit pas, n’honore pas ses engagements, et matraque fiscalement les survivants économiques.
V. La dérive autoritaire : les prisons pleines de voix dissidentes
Pendant que les institutions se bloquent et l’économie s’effondre, la répression s’intensifie systématiquement :
Détenus arbitrairement : Badara Gadiaga, Abdou Nger, Moustapha Diakhate, Bachir Fofana, et des dizaines d’autres militants paient le prix d’avoir exprimé leurs opinions.
Cibles de la répression : Journalistes, activistes, syndicalistes… tous subissent les foudres d’un pouvoir qui confond critique et trahison.
Une démocratie ne se mesure pas aux slogans de campagne, mais à la liberté laissée à ses opposants et observateurs
VI. Génération sacrifiée : le réveil ou la résignation ?
La jeunesse sénégalaise est aujourd’hui dans une impasse tragique. Ce pouvoir, porté par une vague d’espoir juvénile, a :
✅ Échoué juridiquement face au Conseil constitutionnel
✅ Enfoncé l’économie dans une crise systémique
✅ Étouffé la justice par des manœuvres politiciennes
✅ Silencié les voix critiques par la répression , Il ne s’agit plus seulement d’un échec politique. Il s’agit d’une rupture de contrat avec toute une génération.
🔁 Redresser le cap : 8 propositions de rupture
Voici des mesures non idéologiques, mais stratégiques pour sortir de l’impasse :
- Réduction drastique du train de vie de l’État : suppression des agences fictives , suppression des fonds politiques du PR , PM etc, réduction des salaires et plafonnement des privilèges
- Orientation de la dette vers des investissements productifs au lieu du clientélisme
- Relance du pouvoir d’achat populaire : suspension ciblée de la TVA, aides aux plus vulnérables
- Soutien massif aux entreprises locales : paiement des dettes intérieures, fonds de roulement national
- Révolution verte et bleue : agriculture et pêche en priorité absolue
- Réforme économique anti-corruption : digitalisation intégrale des marchés publics
- Capitalisation équitable des ressources naturelles : contenu local, fonds souverain pour les générations futures
- Un pacte national pour l’emploi des jeunes : formation, quotas dans les marchés publics, entrepreneuriat
Le dernier mot à la jeunesse Vous n’êtes ni naïfs, ni impuissants. Vous êtes la seule génération qui peut refuser le piège de l’illusion populiste.
Le combat n’est plus politique. Il est éthique, économique, générationnel.
Ne laissez personne parler en votre nom. Parlez, agissez, votez. Réclamez des résultats, pas des slogans. Des comptes, pas des comptes Twitter
L’Histoire vous regarde. Elle attend votre réponse.
Mamoudou BA
Ingénieur statisticien – République des valeurs

