À l’heure où les réseaux sociaux dictent le tempo de la vie politique et institutionnelle, Mamoudou Ba tire la sonnette d’alarme. Dans une contribution lucide et préoccupante, le membre de la République des Valeurs dénonce la dérive de l’espace public sénégalais, gangréné selon lui par l’émotion numérique, le lynchage en ligne et les convocations arbitraires. Pour lui, l’heure est à la responsabilité collective, à la rigueur et à la restauration d’un débat démocratique sain et apaisé.
Convocations tous azimuts au Sénégal : quand les réseaux sociaux prennent le pouvoir
( Par Mamoudou BA – République des Valeurs )
Une transformation radicale de l’espace public
L’accession au pouvoir du parti Pastef, anciennement dans l’opposition, a coïncidé avec une transformation profonde de l’espace public sénégalais. Cette mutation, marquée par l’influence grandissante des réseaux sociaux, soulève de sérieuses interrogations quant à l’avenir de notre démocratie, à la stabilité de nos institutions, et à la qualité du débat public.
Des réseaux devenus arbitres de la gouvernance
Les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place centrale dans la vie politique, sociale et institutionnelle du pays. Ce qui devait être un espace d’expression libre et citoyenne s’est transformé en levier de pression, en outil de lynchage médiatique, voire en instrument d’intimidation.
Sous l’actuelle gouvernance, certaines décisions clés – notamment en matière de nominations à des postes de haute responsabilité – semblent de plus en plus dictées par l’opinion digitale, au détriment de critères de compétence, d’expérience ou de mérite. Une dérive qui contredit les engagements initiaux du pouvoir, qui prônait transparence et appels à candidatures. L’émotion collective, portée par Twitter, Facebook ou TikTok, semble désormais l’emporter sur la réflexion stratégique.
Une arme de pression, de lynchage et de peur
L’espace numérique, censé favoriser le débat constructif, s’apparente aujourd’hui à un champ de bataille. Toute voix dissonante, toute critique ou prise de recul y est perçue comme une attaque, voire une trahison. Les intimidations, menaces et campagnes de dénigrement se multiplient, menaçant dangereusement la liberté d’expression, pourtant pilier fondamental de toute démocratie.
Un climat politique et social empoisonné
Les réseaux sociaux participent activement à la pollution du débat public. Langage ordurier, insultes personnelles, désinformation massive : l’espace numérique est devenu le théâtre d’un populisme débridé. Plutôt que d’élever la discussion, à l’image de figures comme le député Thierno Alassane Sall ou le mouvement République des Valeurs, les échanges en ligne sont dominés par le sensationnalisme, l’émotion brute et la polémique gratuite.
Un danger pour le tissu socio-économique
Cette dérive dépasse le seul champ politique. Sur le plan économique, les appels au boycott ou les campagnes de dénigrement visant certains acteurs en raison de leurs opinions participent à l’affaiblissement d’un tissu économique déjà fragile. L’économie nationale ne peut prospérer dans une logique d’autodestruction alimentée par hashtags, rumeurs et conflits virtuels.
Un appel à la responsabilité collective
Le Sénégal a besoin d’apaisement, de stabilité et de travail. Les nouvelles autorités doivent prendre la pleine mesure de leur responsabilité : pacifier l’espace public, restaurer l’autorité de l’État et protéger nos institutions contre les dérives de l’instantanéité numérique. Il est temps de réhabiliter la compétence, le dialogue et la rigueur dans la gestion des affaires publiques.
La jeunesse à un tournant décisif
La jeunesse sénégalaise doit refuser d’être instrumentalisée par des discours simplistes, violents ou radicaux véhiculés en ligne. Elle détient un rôle essentiel dans la construction du pays. L’heure est venue de se recentrer sur les priorités : la formation, en particulier dans les domaines scientifiques, techniques, technologiques, les métiers du numérique et de l’intelligence artificielle. Le savoir, l’innovation et le travail restent les seuls fondements d’un Sénégal fort, prospère et souverain.
Encadrer, responsabiliser, reconstruire
À l’ère numérique, il serait illusoire de vouloir ignorer les réseaux sociaux. Mais il est impératif d’en encadrer l’usage, de responsabiliser les citoyens et de recentrer le débat sur les enjeux véritables du pays. Le Sénégal a besoin de construction, non de destruction ; de vision, non de viralité ; de vérité, non de virtualité.

