Durant deux jours, les 9 et 10 mai 2025, la ville de Rufisque a accueilli un atelier inédit réunissant une quarantaine de jeunes venus de tout le Sénégal, à l’initiative de Teranga Lab, en partenariat avec 350 Africa. Objectif : former cette jeunesse au plaidoyer climatique, pour qu’elle devienne une force motrice dans la lutte pour la justice environnementale.
Dès l’ouverture, le ton a été donné par Alexandre Guibert Lette, expert en campagnes climatiques : « L’énergie propre n’est pas qu’une affaire de technologie, mais aussi de justice et de dignité. » Le message est clair : la transition énergétique ne peut se faire sans une mobilisation sociale ancrée dans la réalité des territoires.
Parmi les temps forts, une session sur le plaidoyer SMART (Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste et Temporel) a permis aux participants d’apprendre à construire des messages efficaces, susceptibles d’interpeller les décideurs comme les communautés locales. Plusieurs jeunes ont exprimé leur envie d’agir dans leurs quartiers. « Le changement commence chez nous », lance un participant venu de Kaolack.
L’après-midi du premier jour a transformé l’atelier en un laboratoire de création citoyenne. En groupes, les jeunes ont imaginé et produit des contenus de sensibilisation : vidéos, affiches, podcasts, mêlant émotion, art et engagement.
« C’est la première fois que je sens que mes idées peuvent avoir un impact », témoigne Mariama Diassy, 22 ans, des Parcelles Assainies. Son groupe a conçu une vidéo poignante sur la montée des eaux à Saint-Louis.
Le deuxième jour a été consacré à un thème central : la justice climatique. Loin d’un concept abstrait, elle a résonné comme une réalité vécue. Sécheresse, inondations, déplacements forcés… les témoignages ont mis en lumière l’injustice flagrante d’un phénomène dont l’Afrique, responsable de moins de 4 % des émissions de CO₂, paie le prix fort.
Baye Mbaye Mar, militant de Thiaroye, résume l’esprit du groupe :
« On ne peut plus se taire. Il faut porter la voix des nôtres, surtout dans un pays où nous sommes majoritaires à plus de 70 %. »
L’atelier s’est clôturé par une présentation des œuvres devant un jury. Trois productions ont été primées pour leur impact visuel et émotionnel. Mais au-delà des prix, c’est un sentiment collectif de fierté et d’utilité qui domine.
Teranga Lab ne compte pas s’arrêter là. L’organisation annonce un futur festival de création de contenus pour amplifier ces voix nouvelles et offrir aux jeunes une véritable tribune citoyenne.
Dans un contexte où les effets du dérèglement climatique frappent durement les communautés sénégalaises, cette initiative marque peut-être un tournant. Ces jeunes ne veulent plus être spectateurs. Par leurs mots, leurs images et leur engagement, ils aspirent à devenir des acteurs majeurs du changement.
« Ce n’est que le début », affirme Alexandre Guibert. « La jeunesse sénégalaise a les idées, la colère, et désormais les outils pour faire entendre sa voix. »





