Le 14 février marque plusieurs événements significatifs dans l’histoire du Sénégal, témoignant de l’évolution politique, culturelle, sociale et économique du pays. Des traités coloniaux du XIXe siècle aux initiatives énergétiques contemporaines, cette date illustre la richesse et la complexité du parcours sénégalais.
14 Février 2018 : Visite d’État de George Weah au Sénégal
Arrivée à Dakar du président libérien George Weah pour une visite de travail et d’amitié. Élu en 2017 pour succéder à la présidente sortante Ellen Johnson Sirleaf, George Weah incarne une figure unique dans l’histoire politique africaine : ancien footballeur professionnel de renommée mondiale, il avait remporté en 1995 le prestigieux Ballon d’or européen, devenant le premier et unique joueur africain à recevoir cette distinction.
Sa visite au Sénégal s’inscrit dans le renforcement des relations bilatérales entre les deux pays et symbolise également les liens fraternels entre nations ouest-africaines. George Weah représente l’exemple d’une reconversion réussie du sport de haut niveau vers la gouvernance politique, inspirant toute une génération de jeunes Africains.
14 Février 2017 : Décès du Père Joseph Roger de Benoist
Décès à l’hôpital Saint-Camille à Bry-sur-Marne (France), à l’âge de 94 ans, du Père Joseph Roger de Benoist, prêtre des Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs), journaliste et historien de renom.
Devenu Directeur de recherche à l’IFAN (Institut Fondamental d’Afrique Noire) à Dakar en 1990, il s’est spécialisé dans l’histoire de l’île de Gorée, haut lieu de mémoire de la traite négrière. Après sa retraite universitaire en 1994, il est nommé conservateur honoraire des Musées de l’IFAN, poursuivant ainsi son œuvre de préservation et de valorisation du patrimoine historique sénégalais.
En 2002, l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) lui rend hommage pour le cinquantenaire de son arrivée au Sénégal. À cette occasion, l’État sénégalais l’élève à la dignité de Commandeur de l’Ordre national du Lion, reconnaissance suprême de sa contribution exceptionnelle à la connaissance et à la préservation de l’histoire du Sénégal.
Le Père de Benoist laisse derrière lui une œuvre historique considérable et incarne le dialogue fécond entre recherche scientifique et engagement humaniste.
14 Février 2014 : Akon lance « Akon Lighting Africa » au Sénégal
L’artiste compositeur et chanteur sénégalo-américain Alioune Badara Thiam, mondialement connu sous le nom d’Akon, entame par le Sénégal une tournée ambitieuse avec son équipe dans 6 pays africains pour présenter son initiative révolutionnaire « Akon Lighting Africa ».
Cette initiative consiste à doter les villes et villages africains en équipements de fourniture d’énergie solaire, répondant ainsi au défi majeur de l’accès à l’électricité sur le continent. Le projet vise à apporter des solutions énergétiques durables, abordables et respectueuses de l’environnement aux populations rurales et urbaines.
« Akon Lighting Africa » symbolise l’engagement de la diaspora africaine dans le développement du continent et anticipe les enjeux de la transition énergétique. Cette initiative pionnière a inspiré de nombreux projets similaires et contribué à placer l’énergie solaire au cœur des stratégies de développement africaines.
14 Février 1997 : Nomination du professeur Seydou Madani Sy comme Médiateur de la République
Le professeur Seydou Madani Sy est nommé Médiateur de la République, succédant au magistrat Ousmane Camara. Ce parcours illustre l’excellence d’une carrière au service de l’État et de l’enseignement supérieur.
Premier Sénégalais nommé Recteur de l’Université de Dakar en 1971, il marque ainsi un tournant dans la sénégalisation des cadres de l’enseignement supérieur après l’indépendance. Son parcours impressionnant comprend :
- Ministre de la Justice (1986-1989)
- Ambassadeur du Sénégal au Royaume-Uni (1990-1993)
- Ministre conseiller spécial du président Abdou Diouf (1993-1997)
Sa nomination comme Médiateur de la République couronne une carrière exemplaire dédiée au service public et à la médiation institutionnelle.
14 Février 1970 : Fondation du quotidien « Le Soleil »
Naissance du quotidien national d’informations générales « Le Soleil », qui se substitue au quotidien « Dakar-Matin » créé en 1961. « Dakar-Matin » avait lui-même pris la suite du journal « Paris-Dakar » fondé en 1933 par le Français Charles de Breteuil.
Cette transition marque l’affirmation d’une presse nationale post-coloniale, au service de l’information des citoyens sénégalais. « Le Soleil » devient rapidement le principal quotidien du pays, jouant un rôle central dans le paysage médiatique sénégalais pendant plusieurs décennies.
Cette création s’inscrit dans le processus d’appropriation nationale des outils de communication et d’information, élément essentiel de la construction de l’État sénégalais indépendant.
14 Février 1969 : Inauguration de la Sotiba-Simpafric S.A.
Inauguration à Dakar par le Président Léopold Sédar Senghor de la Sotiba-Simpafric S.A., une usine textile fondée en 1951. La cérémonie se déroule en présence de plusieurs personnalités politiques et religieuses de premier plan, notamment le ministre de l’Industrie Abdou Diouf (futur président de la République) et le marabout Seydou Nourou Tall.
Cette inauguration illustre la politique d’industrialisation poursuivie par le Sénégal dans les premières années de l’indépendance, visant à développer un tissu industriel national capable de transformer les matières premières locales et de créer des emplois.
La présence conjointe de hautes autorités politiques et religieuses témoigne également du modèle sénégalais de dialogue et de coopération entre l’État et les confréries religieuses.
14 Février 1967 : Loi contre les dépenses excessives lors des cérémonies familiales
L’Assemblée nationale adopte une loi tendant à réprimer les dépenses excessives à l’occasion des cérémonies familiales (mariages, baptêmes, funérailles). Cette législation innovante s’inscrit dans une politique ambitieuse de moralisation de la vie sociale.
Les objectifs de cette loi sont multiples :
- Promotion de la sobriété dans les célébrations
- Protection des familles contre l’endettement
- Encouragement de célébrations mesurées et raisonnables
- Compatibilité avec les objectifs de développement national
- Renforcement de la cohésion sociale
Cette initiative législative témoigne de la volonté de l’État sénégalais de réguler certaines pratiques sociales jugées nuisibles au développement économique des familles, tout en respectant les traditions culturelles.
14 Février 1922 : Réglementation de l’enseignement privé en AOF
Mise en place d’une réglementation de l’enseignement privé au Sénégal et dans les autres territoires de l’Afrique Occidentale Française (AOF). Cette réglementation coloniale vise plusieurs objectifs stratégiques :
- Encadrer l’influence des écoles confessionnelles (catholiques et musulmanes)
- Harmoniser l’offre éducative avec les objectifs de l’administration française
- Renforcer la tutelle de l’État colonial sur la formation des élites locales
- Gérer la concurrence entre missions religieuses
- Affirmer le pouvoir central en AOF
Cette réglementation s’inscrit dans le contexte plus large du contrôle colonial sur l’éducation, outil essentiel de formation des futures élites et de diffusion des valeurs de la métropole.
14 Février 1870 : Conflit intercommunautaire en Basse Casamance
Sous la conduite de leur chef Biram Diass, les habitants de Diakène wolof attaquent le village diola de Bukitingo en Basse Casamance. Cet épisode illustre les tensions intercommunautaires liées à la colonisation agricole et à l’expansion territoriale des populations wolofs venues du nord.
Les pionniers wolofs, installés en terres casamançaises, étaient souvent amenés à livrer des batailles de survie pour :
- Sauvegarder leurs acquis fonciers
- Protéger leurs villages et récoltes
- Assurer leur pérennité en territoire diola
Ces conflits reflètent les dynamiques migratoires et les tensions foncières qui ont marqué l’histoire de la Casamance au XIXe siècle, préfigurant certaines des problématiques contemporaines de cohabitation intercommunautaire dans la région.
14 Février 1861 : Traité franco-mandingue en Casamance
Signature d’un traité entre les Français et le Souna situé sur la rive gauche du fleuve Casamance, en pays mandingue. Ce traité s’inscrit dans la stratégie française de consolidation de son influence en Basse Casamance au milieu du XIXe siècle.
Les objectifs français sont clairement établis :
- Sécuriser la navigation fluviale sur la Casamance
- Développer les échanges commerciaux (arachide, caoutchouc, produits forestiers)
- Affermir un contrôle politique progressif sur les chefferies mandingues
- Établir des comptoirs commerciaux
- Préparer une pénétration territoriale plus profonde
Ce traité fait partie d’une série d’accords signés par la France avec les royaumes et chefferies de la région, posant les bases de la domination coloniale future en Casamance.
Analyse transversale
Les éphémérides du 14 février révèlent plusieurs constantes de l’histoire sénégalaise :
Dimension internationale : De la colonisation française (traités de 1861 et 1870) aux initiatives contemporaines (Akon en 2014, visite de George Weah en 2018), le Sénégal s’inscrit dans des réseaux d’échanges régionaux et internationaux.
Construction institutionnelle : La création du journal « Le Soleil » (1970), la réglementation de l’enseignement (1922), et la nomination du Médiateur de la République (1997) témoignent de l’édification progressive d’institutions nationales solides.
Régulation sociale : La loi de 1967 sur les dépenses familiales illustre la volonté de l’État de réguler certaines pratiques sociales au nom du développement.
Développement économique : L’inauguration de la Sotiba (1969) et l’initiative « Akon Lighting Africa » (2014) montrent la permanence des enjeux industriels et énergétiques.
Mémoire et patrimoine : Le travail du Père de Benoist (décédé en 2017) rappelle l’importance de la préservation de la mémoire historique et du patrimoine culturel.
Le 14 février apparaît ainsi comme une date riche en événements structurants pour l’histoire du Sénégal, reflet de ses transformations politiques, économiques, sociales et culturelles.





