Dans les colonnes du dernier numéro de Onze Mondial, le milieu de terrain sénégalais Idrissa Gana Gueye est longuement revenu sur la Coupe d’Afrique des Nations historique remportée par le Sénégal. Pilier incontestable du milieu de terrain des Lions, le natif de Dakar a livré une compétition exemplaire, disputant l’intégralité des minutes du tournoi et endossant le brassard de capitaine lors de la finale, en l’absence de Kalidou Koulibaly.
À 36 ans, l’ancien joueur d’Everton a incarné l’expérience, la rigueur et le leadership au sein d’un groupe sénégalais au sommet de sa maturité. Dans cet entretien exclusif, il revient sur la construction du groupe, la préparation mentale de la finale et une rencontre marquée par de nombreuses polémiques.
Un groupe bâti dans la continuité
Pour Idrissa Gueye, le succès du Sénégal ne doit rien au hasard. Il est avant tout le fruit d’un travail de longue haleine, mené sur plusieurs années.
« Ce groupe vit bien depuis des années. Ça ne date pas d’aujourd’hui. C’est un travail de longue haleine, avec des cadres, des jeunes, un staff qui n’a pas bougé. Même si l’ancien sélectionneur est parti, le staff est resté le même. Pape Thiaw a pris l’équipe, il est devenu coach principal. Ce groupe est dans la continuité de ce qu’il fait de bien depuis des années. »
Une stabilité qui, selon lui, a permis d’installer des principes clairs, des objectifs précis et une forte culture de la gagne.
Une préparation mentale à toute épreuve avant la finale
Revenant sur l’avant-finale face au Maroc, Idrissa Gueye balaie toute polémique autour de la tension supposée entre les deux camps.
« Tout ce qui s’est passé avant la finale était normal. Les gens en font trop. Tout le monde connaissait les bonnes relations entre les Marocains et les Sénégalais. Ce sont des frères. »
Conscients de la difficulté de l’affiche, les Lions se sont préparés à tous les scénarios possibles.
« On savait que ce match allait être tendu. Mais on était préparés à toutes les situations. On était focus à 200 %. Il pouvait se passer n’importe quoi, ça ne pouvait pas nous atteindre. »
Une finale tendue et polémique
La finale restera dans les mémoires comme l’une des plus électriques de l’histoire récente de la CAN. Idrissa Gueye ne cache pas sa frustration face à certaines décisions arbitrales.
« Tout le match, il y a eu plein de petits trucs. L’arbitre sifflait tout contre nous. Je savais que la seule personne qui devait lui parler, c’était moi, car j’étais capitaine. J’essayais de détendre l’atmosphère. »
Le match bascule dans la confusion après une succession de décisions controversées, provoquant un arrêt prolongé de la rencontre.
« On se demande : “On joue ou on ne joue pas ?”. Ça parle, ça se bouscule. Pour nous, c’était la goutte d’eau en trop. »
Après concertation avec Sadio Mané et le staff, les Lions choisissent de reprendre le jeu.
« Sadio revient et dit : “On revient et on joue”. Et là, on commence à rigoler entre nous : “En plus, il n’a pas encore marqué”. »
L’épisode insolite de la serviette
Parmi les faits marquants de cette finale, l’« affaire de la serviette » a aussi retenu l’attention.
« Tous les gardiens ont leur serviette. Je n’ai pas compris leur problème avec ça. Quand je vois Achraf Hakimi la prendre et la jeter, je lui dis : “Achraf, pas toi”. »
Malgré les incidents sur et en dehors du terrain, Idrissa Gueye retient surtout la concentration extrême du groupe jusqu’au bout.
« La remise du trophée dans un stade vide ? Je ne l’avais même pas remarqué. On était dans notre monde, on voyait nos familles. C’est l’essentiel. »
Un sacre inoubliable
Malgré les tensions et les polémiques, le milieu sénégalais salue l’organisation globale de la compétition.
« Le Maroc a organisé une CAN magnifique, avec de beaux stades, de belles pelouses et des conditions exceptionnelles. »
Ce sacre vient confirmer la place du Sénégal parmi les grandes nations du football africain, porté par une génération expérimentée, soudée et mentalement solide.





