L’affaire Madiambal Diagne continue de susciter de vives réactions. Cette fois, c’est l’Association pour la Protection des Droits Humains (APDH) qui s’invite dans le débat, en adressant un courrier officiel à Yassine Fall, Garde des Sceaux et ministre de la Justice du Sénégal, pour demander au gouvernement de “ne pas donner suite” à la requête de la justice française.
Une demande jugée intrusive
La Cour d’appel de Versailles a exigé, avant le 21 janvier 2026, un complément d’information concernant le dossier d’extradition de Madiambal Diagne, condamné au Sénégal et actuellement en fuite en France.
Pour l’APDH, cette requête constitue “une ingérence dans les affaires intérieures du Sénégal”, en contradiction avec l’article 2-7 de la Charte des Nations Unies de 1948, qui interdit toute intervention dans les affaires relevant de la souveraineté interne d’un État.
L’association estime également qu’il s’agit d’une manœuvre dilatoire visant à retarder, voire à empêcher, l’exécution de la demande d’extradition introduite par le Sénégal.
Les conventions d’extradition évoquées
L’APDH rappelle que les accords d’entraide judiciaire et d’extradition signés entre le Sénégal et la France le 7 septembre 2021 — et ratifiés en 2023 — ont pour objectif de faciliter la remise de toute personne recherchée par l’un des deux pays.
Selon l’organisation, la France ne devrait se limiter qu’aux trois vérifications prévues par le droit international :
- L’incrimination double : l’infraction reprochée doit être également punissable en France.
- L’absence de nationalité française du fugitif.
- L’assurance que la personne extradée ne sera pas soumise à la torture ou à des traitements inhumains, conformément à la Convention contre la Torture (1984).
À ce titre, l’APDH précise que le Sénégal est partie à plusieurs instruments internationaux garantissant le respect des droits humains, ce qui écarterait tout risque de traitement dégradant à l’égard de Madiambal Diagne.
“Une atteinte à la souveraineté judiciaire du Sénégal”
Dans sa lettre, signée par Dr Mbaye Cissé, chercheur en droit comparé et président de l’APDH, l’association estime que la justice française “n’a pas à exiger un complément de dossier”, cela relevant exclusivement des compétences des juridictions sénégalaises.
L’organisation affirme que cette exigence pourrait traduire un manque de considération pour la justice sénégalaise, voire une volonté de s’immiscer dans une procédure dont les contours ont déjà été définis par les textes bilatéraux.
L’APDH appelle à la fermeté
Face à ce qu’elle considère comme une remise en cause des engagements français, l’APDH invite la ministre Yassine Fall à :
- Refuser de se plier à cette demande qu’elle juge infondée ;
- Appliquer le principe de réciprocité en cas d’une future requête similaire venant de la France ;
- Ne pas céder à des pressions diplomatiques pouvant nuire à la crédibilité de la justice sénégalaise.
Pour l’association, il s’agit de défendre la souveraineté juridique du Sénégal, ainsi que la cohérence des accords internationaux conclus entre les deux pays.

