L’enquête ouverte depuis 2018 sur le site pornographique “Babiporno” a connu un tournant décisif. El Hadji Babacar Dioum, alias Kocc, a été arrêté par les agents de la Division spéciale de la cybercriminalité (DSC), après une longue traque. L’homme est soupçonné d’être au cœur d’un réseau de chantage numérique impliquant la diffusion de vidéos intimes, souvent obtenues sous menace, en particulier de jeunes filles.
Selon L’Observateur, tout a basculé le 7 mai 2025, lorsqu’une femme nommée Nguissaly Diop dépose plainte auprès de la DSC. Elle y dénonce les actes de chantage sexuel perpétrés contre sa jeune sœur de 16 ans, A.N., par un individu du nom de “Mouha”. Ce dernier, selon la plainte, aurait non seulement incité la mineure à produire des vidéos à caractère sexuel, mais également profité de cette situation pour l’exploiter physiquement et moralement, sous menace de rendre les images publiques.
Enquêteurs et experts numériques ont rapidement fait le lien avec une plateforme bien connue des autorités : Babiporno.com, alias Seneporno.com, déjà dans le viseur de la justice pour des faits similaires depuis plusieurs années. Plusieurs plaintes de jeunes femmes y étaient déjà associées, dénonçant des diffusions non consenties de contenus personnels.
Grâce à un travail d’enquête minutieux, appuyé par des techniques de cybertraçage et une surveillance approfondie des flux financiers, le suspect est localisé à Liberté 3, à Dakar. Marié et père d’un enfant, Babacar Dioum est décrit comme un individu aux nombreuses identités numériques, doté d’un arsenal technologique sophistiqué : VPN, plateformes cryptées, logiciels de gestion de sites web… Les enquêteurs retrouvent également chez lui plusieurs ordinateurs, téléphones, ainsi que huit véhicules de luxe, dont un ayant récemment attiré l’attention du public après avoir été aperçu dans un événement mondain.
Le 15 juillet 2025, le procureur autorise une intervention coordonnée avec la Brigade d’intervention polyvalente (BIP), dans une résidence hautement sécurisée. La perquisition permet de réunir de nombreuses preuves matérielles confirmant la gestion directe des plateformes incriminées par le mis en cause. L’enquête révèle également des mouvements financiers suspects, laissant présager des faits de blanchiment d’argent.
Des poursuites sont en cours pour divers chefs d’accusation, notamment atteinte à la vie privée, production et diffusion de contenus à caractère sexuel sans consentement, et chantage numérique. La femme du suspect devrait également être entendue, et des investigations se poursuivent sur un établissement de restauration, “Eddy’s”, soupçonné de faire partie du montage.
L’affaire Kocc met en lumière les dérives dangereuses de certains usages du numérique et rappelle l’urgence d’un encadrement strict de la protection de la vie privée, notamment pour les plus jeunes.





