La pirogue avait sombré dans la nuit du 27 au 28 novembre 2024, près des côtes d’El Hierro, dans l’archipel des Canaries. La barque, transportant 90 migrants originaires de pays d’Afrique de l’Ouest comme le Sénégal, le Mali, la Mauritanie, la Guinée et la Gambie, s’est brisée en deux alors qu’elle était en pleine opération de sauvetage menée par le Salvamento Marítimo, l’agence espagnole de sauvetage maritime. Selon les survivants, recueillis par les travailleurs humanitaires et les autorités espagnoles, l’embarcation de fortune s’est décomposée alors que les passagers commençaient à passer sur le pont du bateau de secours. Ce qui aurait dû être la fin d’un voyage périlleux s’est transformé en une tragédie.
Le Salvamento Marítimo, dans son rapport d’urgence transmis à l’agence Efe, a détaillé les circonstances du drame. « Pendant l’opération de sauvetage, la pirogue a chaviré lorsque ses occupants se sont tous rassemblés sur un côté, probablement en raison de l’anxiété et des conditions météorologiques difficiles, avec des rafales de vent d’environ 20 nœuds, » précise l’agence. Le rapport note également que l’opération s’est déroulée de nuit, rendant le sauvetage encore plus périlleux.
L’alerte avait été donnée quelques heures plus tôt, dans la soirée du samedi 28 novembre, lorsque plusieurs téléphones portables de migrants à bord de la pirogue ont envoyé des messages rassurants à leurs proches en Espagne et en France. « Nous voyons la terre, nous sommes proches », avaient-ils dit, laissant espérer une fin heureuse à ce périple. Mais ce ne fut pas le cas.
Le bilan est tragique : 63 hommes, pour la plupart originaires du Sénégal, du Mali et de Mauritanie, ont perdu la vie à seulement 7 kilomètres des côtes d’El Hierro. Les équipes de sauvetage n’ont réussi à récupérer que neuf corps cette nuit-là, et la majorité des victimes sont portées disparues en mer. Les corps retrouvés présentaient des traumatismes et des blessures, indiquant que le chavirement et l’impact contre l’embarcation de secours ont été violents. Parmi les 27 survivants, on dénombre des jeunes hommes âgés de 18 à 34 ans, ainsi que quatre adolescents de 13 à 17 ans.
Les témoignages des rescapés font état de circonstances confuses. Certains d’entre eux affirment qu’une des cordes reliant la pirogue au navire de secours s’est rompue, provoquant un choc violent contre le « Guardamar Concepción Arenal ». D’autres racontent que la pirogue s’est brisée sous la pression du vent et du mouvement des passagers. Plusieurs d’entre eux se sont retrouvés à l’eau, se blessant gravement en tentant de s’accrocher aux cordes de sauvetage ou aux restes de l’embarcation. Un survivant raconte comment il s’est accroché au corps sans vie d’un compagnon pour rester à la surface.
Les neuf corps retrouvés ont été enterrés dans des tombes anonymes cette semaine, seules deux victimes ayant été formellement identifiées : Mahamaud Sima et Amadou Touré. Les autres reposent sous des stèles où est simplement inscrit le mot « immigrant », accompagné d’un numéro et de la date du naufrage.
Ce drame rappelle la tragédie de Lanzarote en 2009, où 25 migrants maghrébins avaient perdu la vie lors du naufrage de leur embarcation. L’incident d’El Hierro, avec plus de 63 victimes, dépasse aujourd’hui ce sombre record, marquant l’un des pires naufrages de migrants de ces dernières décennies dans l’archipel canarien.
Depuis l’automne 2023, les équipes du Salvamento Marítimo d’El Hierro sont confrontées à une intensification des tentatives de traversées vers les îles Canaries, avec parfois plusieurs sauvetages par jour. Le centre national de coordination des secours maritimes a renforcé ses équipes, mais malgré cela, les conditions difficiles en mer continuent de provoquer des tragédies.
Le naufrage d’El Hierro a provoqué une vague d’émotions et de colère en Espagne, mais aussi en Afrique de l’Ouest, où de nombreuses familles attendent encore des nouvelles de leurs proches disparus. Les questions sur la gestion des opérations de sauvetage continuent de se poser, et des enquêtes devraient être ouvertes pour comprendre les causes exactes du chavirement de la pirogue.

