Lompoul étouffe sous la poussière du zircon : au cœur des ravages de GCO sur l’environnement et les vies

Résumé
DAKARZOOM - Bienvenue à Lompoul, célèbre jadis pour son désert touristique aux dunes dorées, ses campements chaleureux, et ses couchers de soleil qui attiraient les visiteurs du monde entier. Mais aujourd’hui, ce nom résonne comme un paradoxe : le sable est toujours là, mais la vie s’est évaporée.... Bonne lecture

Lompoul étouffe sous la poussière du zircon : au cœur des ravages de GCO sur l’environnement et les vies

Il est 9h passées lorsque notre véhicule, couvert de poussière et d’inquiétudes, s’immobilise au cœur du village de Lompoul. Parti de Dakar à l’aube, à 5h précises, nous avons traversé plus de 210 kilomètres de bitume, de silence et de dunes qui ne cessent de grignoter les terres fertiles. Nous ne sommes pas là par hasard. Nous venons constater, écouter, voir et surtout comprendre ce que vivent les populations locales depuis que le sol de Lompoul est devenu une richesse… pour d’autres.

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Bienvenue à Lompoul, célèbre jadis pour son désert touristique aux dunes dorées, ses campements chaleureux, et ses couchers de soleil qui attiraient les visiteurs du monde entier. Mais aujourd’hui, ce nom résonne comme un paradoxe : le sable est toujours là, mais la vie s’est évaporée. Lompoul est désormais aussi connu pour son zircon, un minerai rare et précieux, utilisé dans la fabrication de céramiques, de tuiles, ou encore dans l’industrie nucléaire. Une richesse qui creuse le fossé entre promesse et réalité.

« Ils ont tout pris. Il ne nous reste que le vent et le sable. »

Assis sur un vieux fauteuil à l’entrée de sa maison sablonneuse, le chef du village, Ousmane Sira Sow, nous accueille. Autour de lui, quelques moutons errants et ses notables, parmi lesquels Mamadou Ndiaye, son bras droit, veille aux mots. Sa maison en briques se tient au bord d’une route nouvellement goudronnée — l’une des rares infrastructures visibles, attribuées à la société Grande Côte Opérations (GCO), qui exploite le zircon de la région.

D’un ton timide, le chef lance :

« GCO dit que tout se passe bien ici. Vous êtes venus, dites-moi : qu’est-ce qui va bien ici ? Rien. Nous n’avons pas assez de salles de classe. Plusieurs niveaux d’élèves partagent la même salle. Nos campements touristiques ont disparu. Il n’en reste qu’un seul, et encore, ils veulent le dégager. »

Il souffle, le regard perdu dans l’horizon :

« Ils viennent piller nos ressources et nous laissent un désert. »

Le chef du village poursuit :

« Les écoles sont saturées. Les élèves de plusieurs niveaux s’entassent dans une même classe. Nos campements touristiques ont été balayés. Il n’en reste qu’un, et on veut aussi le dégager. On nous a dépouillés. »

Mamadou Ndiaye enchaîne, catégorique :

« Beaucoup ici souffrent aujourd’hui de maladies qu’on ne connaissait pas. La poussière générée par les engins de GCO a transformé notre air en poison. Les enfants toussent, les anciens suffoquent. »

Un désert qui tue

En effet, les conséquences sanitaires de l’exploitation du zircon ne sont pas une vue de l’esprit. Nous rencontrons l’infirmier chef de poste du village. Il témoigne :

« Les enfants souffrent de toux chroniques, de démangeaisons, d’irritations oculaires. On suspecte des cas de silicose. Des femmes enceintes ont des complications. Des nouveau-nés sont faibles. »

Les cas de dermatites se multiplient. Les habitants parlent aussi de « la fièvre de la poussière », une expression locale pour désigner cette fatigue permanente et ces maux étranges qu’aucun médicament n’arrive à calmer.

Les animaux aussi tombent malades. Les éleveurs nous racontent que leurs vaches ne produisent plus autant de lait. Que des chèvres sont mortes sans raison apparente. Que la terre ne donne plus de pastèques, ni de gombos. Le sol est devenu hostile. Il est comme « empoisonné », disent-ils. Et pourtant, les engins de GCO continuent leur ballet mécanique, indifférents aux gémissements des dunes éventrées.

La mémoire des arbres arrachés

Un peu plus loin, nous rencontrons Doyen Dième, forestier retraité de 72 ans. Originaire de Casamance, il s’est installé ici en 1972. Il avait alors planté des haies vives pour stopper l’avancée du désert. Aujourd’hui, courbé mais digne, il montre une zone stérile :

« Là-bas, il y avait des arbres, des filaos, des acacias. GCO a tout déraciné. Ils ont détruit en deux ans ce que nous avons protégé pendant 50 ans. Le désert avance, inexorablement. »

La terre ne répond plus

Omar Ba, agriculteur, nous emmène voir ce qu’il reste de ses champs :

« Avant, je cultivais tomates, aubergines, piments. Maintenant, rien ne pousse. Même les graines ont peur du sol. Aujourd’hui, regarde… » Il nous montre un sol fissuré, dur, asphyxié.
« Ils ont détourné nos eaux souterraines. Depuis les forages de GCO, les nappes ont baissé. Les puits s’assèchent. Même les manguiers dépérissent. »

Moussa Kamara, père de cinq enfants, tente de sauver quelques plants de tomates :

« Vous voyez ça ? Ce n’est pas une culture. Ce sont des souvenirs. Ils ont pris nos champs, je ne sais faire que cultiver. Aujourd’hui, on m’a volé mon métier. Moi, je vis avec de l’asthme depuis un an. C’est la poussière. Je ne suis jamais allé à l’hôpital avant ça. Mes enfants toussent chaque nuit.»

Le vacarme du zircon, les silences imposés

Nous marchons 45 minutes sous un soleil de plomb pour atteindre les installations de GCO. Le bruit des engins est assourdissant. Une poussière beige monte, couvrant tout sur son passage. L’eau trouble s’écoule de tuyaux industriels. Les véhicules passent, indifférents. La sécurité, sèche, nous fait comprendre que nous ne sommes pas les bienvenus. Mais ce que nous avons vu parle assez.

Des pistes de fortune serpentent entre les zones d’extraction. La poussière est si épaisse qu’elle forme un brouillard même en plein midi. On croise un ouvrier, visage couvert d’un masque de fortune. Il baisse les yeux, évite de parler. La peur est palpable. Car ici, dénoncer peut coûter cher.

Des forages comme prix de consolation

Dans ce désert devenu carrière, GCO a creusé quelques puits pour les agriculteurs. Abdoulaye Mbengue, villageois, commente :

« C’est pour se faire pardonner. Ils nous ont détruit, puis offert ces forages. Mais ça ne suffit pas. »

Les campements évaporés, le tourisme asphyxié

Le désert de Lompoul, fleuron touristique du Sénégal, est aujourd’hui un mirage. La majorité des campements ont été rasés ou étouffés par les installations minières. Seul un dernier résiste encore, cerné par les dunes blessées.

Mboulé Ka, autrefois commerçante prospère, nous raconte :

« Avant, je faisais des recettes de plus de 100 000 F par jour. Les touristes achetaient, les guides passaient. Maintenant, je reste toute la journée sans vendre. Et GCO ne nous recrute pas. Ils ne veulent pas de nous. »

« GCO a détruit les campements touristiques, les touristes ne viennent plus. Ils ne recrutent pas nos jeunes. Ils ne parlent pas avec nous », ajoute Mboulé.

Un dialogue rompu, une colère contenue

Les manifestations pacifiques organisées par les populations sont vite réprimées. Le chef raconte :

« Une marche pacifique, rien de plus. Mais on a arrêté quatre jeunes. On nous accuse de semer le trouble alors qu’on veut juste vivre. »

Les autorités locales semblent fermées.

« Le préfet, le sous-préfet, personne ne nous écoute. On a l’impression que l’État est avec GCO, pas avec nous », déplore Mamadou Ndiaye.

Un désert de promesses, un avenir incertain

À Lompoul, les populations vivent entre poussière, promesses non tenues et désillusion. Le développement promis par GCO se résume à quelques points d’eau et des routes menant vers les mines. Les villageois n’ont ni emploi stable, ni infrastructures durables, ni même la reconnaissance de leurs droits.

« On n’a pas été indemnisés. Même le chef du village a perdu ses terres. Ils disent qu’ils ont donné, mais personne n’a rien reçu ici », lance un habitant, amer.

Quand le zircon devient poison

Ce qui devait être une opportunité est devenu un poison lent. Le tourisme a disparu. L’agriculture agonise. L’environnement est dévasté. Lompoul souffre en silence, pendant que les camions emportent les richesses souterraines vers les ports de l’Atlantique.

Appel à l’État, aux médias, à la justice

Mboulé Ka, Oumar Ba, Aïda Ka, Moussa Kamara… Tous réclament justice :

« Le zircon est dans notre sol, mais la richesse est ailleurs. Nous, nous n’avons que la poussière, les maladies et le silence. »

Et maintenant ?

À l’heure où le Sénégal se rêve émergent, le sort de Lompoul interroge : peut-on bâtir un avenir sur les ruines d’un village sacrifié ? Le désert avance, oui. Mais ce n’est plus seulement un désert de sable. C’est un désert social, écologique, humain.

Et ce désert, n’est-ce pas nous tous qui l’alimentons, à force de silences et de renoncements ?

Sous un soleil implacable, la terre ne tremble pas de peur. Elle gronde, de colère muette.

Alors, que restera-t-il de Lompoul ? Des souvenirs de dunes, de chants peulhs au clair de lune, d’enfants courant pieds nus sur le sable doré ? Ou seulement des trous béants, des terres stériles, des vies effacées ?

À qui profite vraiment le zircon ? Qui entend les cris étouffés des femmes, des agriculteurs, des anciens ? Que valent des promesses couchées sur du papier quand les racines sont arrachées, les poumons chargés de poussière et les ventres vides ?

Peut-on encore parler de « développement » quand les arbres tombent, les bêtes meurent, les hommes fuient ? Combien de Lompoul faudra-t-il encore enterrer pour que l’État entende, que la justice se lève, que la nation ouvre enfin les yeux ?

Lompoul se meurt. Mais qui portera son deuil ? Qui osera dire que le silence tue autant que la poussière ?

Quelques propos recueillis en vidéo ci-dessous.

https://www.facebook.com/share/v/16Q7SuZTDM (Page Facebook de Ankou SODJAGO journaliste)

Lien Youtube cliquez ici

Reportage réalisé par Ankou SODJAGO

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