Le gouvernement sénégalais a enfin publié le rapport d’exécution budgétaire du premier trimestre 2025, avec un retard notable. Une situation vivement critiquée par Ibrahima Hamidou Dème, magistrat et acteur politique, qui déplore non seulement ce délai, mais également l’absence de communication pédagogique autour du document.
Dans une contribution rendue publique ce mardi, l’ancien membre du Conseil constitutionnel juge ce retard « injustifié, incompréhensible et inacceptable », estimant qu’il contrevient aux standards internationaux de bonne gouvernance et de transparence démocratique.
« La régularité et la ponctualité dans la publication des rapports officiels sont des impératifs catégoriques de bonne gouvernance », rappelle-t-il.
Des chiffres sans explication
Au-delà du simple décalage temporel, Ibrahima Dème pointe du doigt le manque total de vulgarisation. Selon lui, les rapports budgétaires continuent d’être diffusés dans un langage purement technique, inaccessible à la majorité des citoyens.
« Informer, ce n’est pas noyer les citoyens sous des chiffres et des concepts opaques. C’est leur donner les clés pour comprendre », écrit-il, rappelant une précédente alerte formulée dans une contribution publiée en février 2025, à propos du rapport de la Cour des comptes.
Il regrette qu’en dépit de la diffusion du document aux médias, aucune explication accessible au grand public ne soit donnée, ni conférence de presse organisée, ni traduction dans les langues nationales. Une situation qui, selon lui, alimente les risques de désinformation et d’instrumentalisation politique.
Une proposition concrète : conférence de presse et traduction
Pour répondre à ces défaillances, Ibrahima Hamidou Dème propose une approche novatrice : que chaque publication de document public (rapport budgétaire, audit, rapport d’inspection, etc.) soit accompagnée systématiquement d’une conférence de presse explicative.
L’objectif ? Permettre aux journalistes de poser des questions, aux institutions de clarifier les enjeux, et surtout, aux citoyens de s’approprier les informations concernant l’utilisation de leurs ressources publiques.
Il appelle également à une communication multilingue, pour que les langues nationales soient utilisées et que tous les Sénégalais puissent comprendre les grandes lignes de ces documents souvent réservés aux technocrates.
Une démocratie exigeante
Pour Ibrahima Dème, cette pédagogie n’est pas un luxe, mais une exigence démocratique essentielle. « La démocratie ne se résume pas à la simple diffusion de l’information ; elle exige aussi sa vulgarisation pour nourrir le débat public », martèle-t-il.
Dans un contexte où la transparence financière est de plus en plus scrutée par la société civile, les médias et les partenaires techniques et financiers, le Sénégal ne peut se permettre des retards ni des silences, avertit-il.
« Il est temps de passer de la publication formelle à la pédagogie républicaine. »

